Internationale

Le Tupolev Tu-154 est-il un avion-tombeau?

Le Tupolev Tu-154 qui s’est abîmé ce dimanche 25 décembre en mer Noire avec 92 personnes à bord vient s’ajouter à la déjà longue série noire des accidents dramatiques qu’a connus cet appareil de référence de l’ex-URSS. Mais selon les experts, c’est la façon dont cet avion vieillissant est utilisé qui doit être mise en cause, plutôt que sa construction.

C’était l’avion du président polonais Lech Kaczynski qui s’est écrasé à Smolensk (Russie) le 10 avril 2010. Huit mois plus tard, c’était aussi le modèle de l’avion de Dagestan Airlines qui après une panne de moteurs à 9 000 mètres d’altitude avait atterri en catastrophe à Moscou, tuant trois passagers et blessant plusieurs dizaines d’autres.

Sans compter le crash survenu ce 25 décembre, le Tupolev Tu-154 a mené à la mort près de 3 000 personnes ces quinze dernières années. De quoi éveiller les soupçons sur la fiabilité de cet appareil. Le lendemain du crash de l’avion présidentiel polonais, des passagers choqués par l’état de délabrement de leur appareil du même type ont refusé d’embarquer au départ de Bordeaux, dans le sud-ouest de la France. L’avion qui devait relier Le Caire appartenait à la compagnie Cairo Aviation.

Selon le B3A (Bureau d’archives des accidents d’avions), le Tupolev Tu-154 a été impliqué depuis sa mise en service dans 63 crashs au total, accident de dimanche en mer Noire compris. Contrairement à ce que sa réputation laisse présager, le Tu-154 n’affiche pas un taux d’accidents hors-norme, en regard par exemple des 148 crashs du Boeing 707 qui ont tué 3 213 personnes.

« Cheval de trait des cieux soviétiques »

Le Tupolev Tu-154, qui est en fait la version rallongée du Tu-134, est l’un des engins les plus vendus de l’industrie aéronautique russe. Appareil rustique commercialisé au début des années 1970, le Tu-154 n’est pas un avion essentiellement dangereux, selon les spécialistes. Ce triréacteur qui ne possède pas les équipements de guidage des avions modernes est jugé un peu poussif, mais plutôt fiable par la plupart des experts qui mettent en avant la robustesse de l’appareil pour pallier ses aspects approximatifs.

Ce qui lui a valu le surnom bien mérité de « cheval de trait des cieux soviétiques ». Sa fabrication a été arrêtée en 1994 après la production d’un millier d’exemplaires. Les compagnies d’Europe de l’Est sont les principaux utilisateurs du Tupolev Tu-154 dont il demeure encore près de 300 appareils en service dans le monde.

Interdiction temporaire de vol des Tupolev Tu-154B

Le 1er janvier 2011, un Tupolev Tu-154B de la compagnie Kolavia prenait feu alors qu’il roulait sur la piste d’un aéroport dans l’Oural, avec 116 passagers et huit membres d’équipage à bord. Bilan : trois morts et une quarantaine de blessés. L’accident poussa l’Agence fédérale russe pour les transports, Rostransnadzor, à proposer d’interdire de vol les avions Tupolev-154B, jusqu’à ce que les causes de l’accident soient établies. Il s’en suivit une interdiction seulement temporaire de vol concernant exclusivement les Tupolev Tu-154B. C’est justement ce modèle Tu-154B qui s’est écrasé dimanche en mer Noire. Les différences entre chaque type varient en fonction des moteurs employés.

Interrogé par RFI en 2013, le regretté Pierre Sparaco, éminent journaliste aéronautique et membre de l’Académie de l’air et de l’espace, expliquait au sujet des accidents récurrents du Tupolev Tu-154 que « les explications relèvent certainement beaucoup plus des utilisateurs que du constructeur ».

Car Tupolev a eu son heure de gloire et a été un constructeur novateur et respecté. « Mais il s’agit aussi d’une flotte vieillissante [les Tu-154, ndlr], et il s’agit surtout lorsqu’on parle d’avions anciens, de savoir comment ils sont exploités et comment ils sont entretenus », précise l’expert. La question de la qualité du carburant est notamment mise en avant dans l’ex-URSS et les pays d’Europe de l’Est, ainsi que le niveau global de qualité de la maintenance.

@RFI

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